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Publié par la courte échelle. éditions transit

Des mots qui disent que nous sommes vivants

Un article sur le site Mardi ça fait désordre à propos de "Diwãn des mots voyagés"

29 janvier 2016 admin

Il se pourrait bien qu’il y ait une conception bourgeoise de la culture. Seuls les instruits seraient habilités à devenir plus instruits. Il se pourrait également qu’il y ait vision de l’art et de la culture française, consistant à élever un mur entre ce qui ressort du collectif, du « socio-culturel et ce qui serait du domaine de la pure création artistique.

Quitte à enfoncer des portes dites ouvertes, on relèvera que ces conceptions sont ni plus ni moins qu’une nième manifestation de la luttes des classes. En interdisant aux dominés de s’exprimer et de penser, les dominants confortent un pouvoir, une légitimité qui ne doivent pas leur échapper.

Le livre « Diwan des mots voyagés » s’inscrit en faux contre de tels partis-pris. Il a été conçu et élaboré par Muriel Modr, artiste plasticienne avec la participation des femmes de l’association Contacts de Gardanne et du centre Agora de Marseille .

Il n’existe pas qu’une forme de savoir, un homme ou une femme peuvent être analphabètes et en même temps disposer d’une puissance intellectuelle défiant le conformisme ambiant. L’expérience vécue de chacun, sa sensibilité sont aussi des outils formidables permettant d’appréhender le monde.

Mais la vie, l’exil, la difficulté à manier une langue font que la plupart du temps la censure sociale et l’auto-censure enfouissent au plus profond les informations, les connaissances emmagasinées.

« Diwan des mots voyagés » est le fruit de nombreuses séances de travail, d’un dialogue bienveillant entre Muriel Modr et les femmes des quartiers. Chaque rencontre écrit Alain Castan l’éditeur, découvre ou re – découvre des mots français venus du Maghreb, d’Andalousie, du moyen Orient, de Mésopotamie, de Perse, d’Arabie, d’Inde et fait surgir connaissances et souvenirs enfouis, »

Ainsi s’esquissent des parcours, des rencontres permettant de dresser des cartes, de reconstituer des espaces de vie.

Le mot Divan au XVI siècle, en Perse désignait un registre, un recueil de textes, le plus souvent de poésie calligraphiée. Il apparaît en français via la Turquie comme un bureau de l’administration, un conseil de notables, ainsi celui du Grand Turc, puis le gouvernement turc lui même. Après plusieurs glissements de sens, le Divan devient salle de réception et prend le sens qu’il a aujourd’hui en 1742.

Qu’est-ce que le Qahwa ? Bien plus qu’une boisson le café c’est « une pause dans l’après-midi ! al –Qahwa un moment de rencontre pour élaborer des projets , pour échanger sur plusieurs sujets. C’est un temps pris aussi pour penser, pour s’évader.

– Qahwa. On pourrait écrire tout un livre sur l’art et la manière de faire bouillir l’eau dans une casserole avec la moulure de café…. »

… Matelas écrivent les femme « …c’est un mot arabe, un matelas d’algues, une épaisseur d’algues – Tu vois ce qui flotte là, on dit toujours qu’on pose le matelas quelque part pour se reposer… »

Voyages des mots, retour des rituels, des gestes du quotidien, mémoires retrouvées des objets, des matériaux, des gestes simples de la vie qui permettent de renouer une conversation tant avec soi même qu’avec les autres, audace d’être soi, d’être debout comme si après l’exil physique l’exil intérieur n’était pas une fatalité.

Les mots peuvent avoir un goût, un parfum qui disent à chacun, qu’il est vivant à travers la trace retrouvée de son histoire. Ce tissus d’émotions, de savoirs ancestraux partagés pourrait bien nous souffler à l’oreille qu’ici au sein du Diwan l’art est aussi un art de vivre. Les beaux sentiments peuvent aussi faire de la belle littérature.

François Bernheim

http://cafaitdesordre.com/blog/2016/01/des-mots-qui-disent-que-nous-sommes-vivants/

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