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 la courte échelle. éditions transit

éditeur solidaire et associatif, art et politique, membre de l'Autre Livre

Françoise Vergès : Gaza « Une prison à ciel ouvert, la colère, la terreur, le désespoir »

Publié le 26 Juillet 2014 par la courte échelle. éditions transit in Lu

 

fverges1.jpgFrançoise Vergès, historienne, politologue (La Réunion). Dernier ouvrage paru : « L'homme prédateur. Ce que nous enseigne l'esclavage sur notre temps » - éditions Albin Michel, avril 2011.

 

 
« Mon opinion personnelle ne va pas changer grand chose pour les femmes, enfants et hommes qui vivent à Gaza. Cependant, à lire les témoignages de médecins, d’ONG, de la Croix Rouge Internationale, ou des habitants, il est clair que la population palestinienne est la victime des attaques de l’armée israélienne. Que dire d’autre qui ne soit pas un bavardage creux ? Déjà plusieurs centaines de morts palestiniens dans une prison à ciel ouvert, la colère, la terreur, le désespoir. Certes, il y a des morts du côté israélien et la mort d’aucune victime civile n’est justifiable mais nous assistons clairement à l’application de la loi du plus fort.
 
Une des choses que nous avons apprise des analyses postimpériales et postcoloniales, c’est qu’il est important de comprendre comment une société devient une société de colons, avec une culture de colons, comment se fabrique le consentement à des politiques de colonisation.
 
Il y a un large consensus aujourd’hui parmi les historiens, sociologues, ou anthropologues pour reconnaître que toute politique de colonisation est une politique de dépossession, de déni de droits, et de discriminations raciales. Il est donc d’autant plus symptomatique de voir les termes de « colonisation », « colonie, « colon » être utilisées sans aucun problème par les gouvernements d Israël. Comment une hégémonie culturelle autour de ces termes a-t-elle été construite ? En d’autres termes, comment l’adhésion de la majorité de la société israélienne a-t-elle été obtenue et comment leur utilisation ne provoque t’elle pas plus de protestation de la part des gouvernements ?
 
Il suffit de se tourner vers les travaux d’intellectuels et de chercheurs israéliens et palestiniens pour trouver les analyses de la fabrication de l’adhésion à une politique de colonisation, donc de dépossession, de racisme et de discriminations. Il ne s’agit pas « d’opinion » mais de recherche argumentée et documentée. Qui peuvent mieux en parler que celles et ceux qui vivent au cœur d’une société qui adhère à la colonisation ? Je lisais récemment ces mots de l’historien israélien Zeev Sternhell : « l’occupation va continuer, la terre continuera à être prise à ses propriétaires légaux pour étendre les colonies, la Vallée du Jourdan sera nettoyée de ses habitants arabes, la Jérusalem arabe sera étranglée par les quartiers juifs, et tout acte de vol et de folie qui conforte l’expansion de la ville par les Juifs sera entérinée par la Haute Cour de Justice. Le chemin vers la « sud-africanisation » a été ouvert et ne sera pas bloqué tant que l’Occident ne présentera pas à Israël un choix sans équivoque : Arrêtez la colonisation, détruisez les colonies et l’état colon ou devenez un outcast. »
 
Dans un ouvrage remarquable, After Israel. Towards Cultural Transformation (2014), Marcelo Svirsky analyse la manière dont une culture masculiniste, militariste, indifférente à l’autre, et aveugle à sa propre absence de démocratie s’est imposée à travers l’école, l’armée, la vie sociale, culturelle et politique. Ella Shohat a analysé le racisme qui s’exerce à l’intérieur même de la société contre des citoyens israéliens. Des associations, dont « New Profile » et « Breaking the Silence », décrivent une société de moins en moins démocratique, de plus en plus raciste et discriminatoire. Sans doute faut-il alors continuer à agir pour que, comme le propose Sternhell, Israël soit confronté à un choix sans équivoque. »

Source : http://www.la1ere.fr/2014/07/25/gaza-des-intellectuels-d-outre-mer-reagissent-172025.html    

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